Bienvenue sur le blog LIA VISYON. Aujourd’hui, je vous emmène dans les coulisses d’une sortie photo un peu particulière : un moment de détente entre photographes pour renouer avec l’essentiel — la créativité pure.
Quand on devient photographe professionnel, on transforme sa passion en métier. C’est une chance incroyable. Mais c’est aussi une réalité : une grande partie de notre pratique devient liée à des objectifs clients, des contraintes de production, des délais. On photographie pour un projet, pour un message, pour un résultat attendu.
Alors parfois, il faut revenir à la source.
C’est exactement ce que nous faisons, avec quelques amis photographes : organiser des sorties street photo avec des défis créatifs. Pas de client. Pas de brief. Juste un thème, un appareil photo… et les rues comme terrain de jeu.
La dernière sortie avait un thème simple en apparence : la couleur.
Et le hasard m’a attribué… le marron.
Oui, j’avais moi-même proposé cette couleur.
Et je peux vous dire une chose : plus jamais. 😅
Une sortie street photo au Robert
Cette fois-ci, nous étions quatre photographes à nous retrouver dans les rues du Robert, en Martinique, en fin d’après-midi. L’heure où la lumière devient douce, où les ombres s’allongent et où les couleurs prennent une profondeur particulière.
Le principe était simple : chaque photographe tirait une couleur au sort et devait construire sa série autour de celle-ci.
Sur le papier, ça semblait facile.
Dans la réalité… beaucoup moins.
Le marron n’est pas une couleur qui saute aux yeux dans la rue. Contrairement au rouge ou au jaune qui attirent immédiatement le regard, le marron se cache dans les textures, les matières, les détails.
Très vite, je me suis rendu compte que cette couleur était souvent liée à quelque chose de particulier :
le vieux, le vintage, le bois, les traces du temps.
Portes anciennes, troncs d’arbres, objets oubliés, meubles usés par les années… Le marron racontait une histoire différente de ce que j’avais imaginé.
Et surtout, il y avait peu de scènes avec de la vie.
C’était déjà un premier défi.
Photographier l’ordinaire
Le vrai défi de cette sortie n’était pas technique.
C’était créatif.
Quand on cherche une couleur aussi discrète que le marron dans un environnement urbain, on doit apprendre à regarder autrement. À ralentir. À observer les textures, les matières, les petits détails que l’on ignore habituellement.
À un moment, je me suis arrêtée devant un tronc d’arbre.

Je cherchais un angle intéressant, je tournais autour, j’essayais de composer mon image… quand j’ai senti un regard posé sur moi.
Un monsieur me regardait, visiblement perplexe.
Son expression semblait dire :
“Mais qu’est-ce qu’elle fait ?”
Je pense qu’à cet instant, photographier un tronc d’arbre devait lui sembler très étrange. Et honnêtement… je peux le comprendre.
Mais c’est aussi ça, la street photo.
Observer ce que les autres ne regardent pas.
La photo du fauteuil

Ma photo préférée de cette sortie est arrivée un peu plus tard.
J’ai aperçu un vieux fauteuil placé à l’extérieur d’une maison. La matière, la patine du temps, les nuances marron… tout fonctionnait parfaitement pour mon défi.
Mais il y avait un petit problème.
Le fauteuil était clairement sur un terrain privé.
Et pendant quelques secondes, j’ai ressenti cette petite montée d’adrénaline bien connue des photographes de rue :
et si le propriétaire sortait au mauvais moment ?
J’ai rapidement cadré.
Un clic.
Et je suis repartie.
C’est souvent dans ces moments-là que la photographie devient une vraie expérience : un mélange de tension, d’instinct et d’intuition.
Ce que cette sortie m’a appris
Cette sortie m’a rappelé quelque chose d’essentiel.
Photographier une seule couleur est beaucoup plus formateur que ce que j’imaginais.

Cela oblige à :
ralentir son regard
explorer les textures
valoriser des éléments très simples
transformer quelque chose de banal en image intéressante
J’ai aussi réalisé que le marron raconte souvent l’histoire du temps qui passe : le bois, les objets anciens, les matières usées, les traces de vie.
Et finalement, ce qui semblait être la couleur la plus difficile est devenu un excellent exercice de regard photographique.
La richesse des regards différents
Un autre aspect très intéressant de cette sortie photo est apparu après la prise de vue, au moment où nous avons partagé nos images entre photographes.
C’est là que j’ai réalisé quelque chose.
Dans ma tête, je m’étais fixé une règle assez stricte : la majorité de l’image devait être marron. Instinctivement, j’ai cherché des scènes où cette couleur dominait presque toute la composition. Sans doute parce que je me disais que si une autre couleur apparaissait trop fortement, elle prendrait immédiatement le dessus. Après tout, le marron n’est pas une couleur particulièrement éclatante.
Mais en découvrant les photos des autres, j’ai compris que ma manière d’aborder le défi n’était qu’une interprétation parmi d’autres.
Certains avaient utilisé le marron comme un simple élément dans la scène, un détail, une texture, un objet intégré dans un environnement plus coloré. Le marron n’était pas forcément dominant, mais il était le point d’ancrage de la photo.
Et c’est là que j’ai eu un petit déclic.
Avec la couleur que j’avais tirée au sort, j’aurais pu me faciliter la vie en adoptant une approche plus ouverte. Chercher le marron comme accent visuel, plutôt que comme couleur principale.
Mais finalement, c’est aussi ce qui rend ce genre d’exercice si intéressant :
il révèle la manière dont chacun voit une image.
Même avec la même ville, la même heure et la même contrainte, chaque photographe raconte une histoire différente.
Renouer avec la créativité
Ces sorties photo me rappellent pourquoi j’ai commencé la photographie.
Pas pour répondre à un brief.
Pas pour livrer une galerie.
Mais pour observer le monde autrement.
Quand on est photographe professionnel, il est essentiel de garder ces moments où l’on photographie sans contrainte client, juste pour nourrir sa créativité.
Et je crois que je vais pousser l’exercice encore plus loin.
La prochaine fois, je vais probablement travailler les couleurs de ma charte visuelle : le vert et le rouge.
Parce que parfois, les contraintes créatives sont justement ce qui nous permet de retrouver la liberté de créer.
Si vous êtes photographe — amateur ou professionnel — je vous encourage à essayer cet exercice :
choisissez une seule couleur et partez photographier votre environnement.
Vous pourriez être surpris de ce que votre regard va découvrir.
Au cœur des projets, entre défis et révélations – bienvenue dans l’expérience LIA VISYON.





